PERSISTANCES
- 14 mai
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Habiter poétiquement le monde[1] avec persistance pourrait être le lien qui traverse la démarche artistique de Hassan Darsi. Une démarche jamais frontale, qui se construit dans un rapport attentif à ce qui demeure, à ce qui insiste, à ce qui continue d’agir au-delà des apparences. Les formes qu’il mobilise, installations, sculptures, films, dispositifs architecturaux, performances, photographies, sont autant de surfaces de projection où s’entrelacent mémoire collective, fictions politiques et réalités matérielles. Loin de toute lecture linéaire, son œuvre s’inscrit dans un temps stratifié, fait de survivances, de superpositions et de déplacements. Dans une exploration des formes et des médiums sans cesse renouvelée, il questionne le présent qu’il traverse et qu’il habite, les réminiscences du passé, les traces et les « architectures » visibles ou invisibles du monde.
Dans ses travaux avec et autour de la dorure - rassemblés sous le terme générique Applications dorure - l’artiste détourne les mécanismes universels qu’engendre immanquablement la couleur dorée. L’or n’y est pas seulement une matière précieuse, mais un opérateur symbolique, révélateur de rapports de pouvoir profondément ancrés, dont les effets continuent de structurer les économies et les représentations contemporaines. La dorure devient une fiction persistante, cristallisant désir, convoitise, domination et violence historique ; devient un révélateur qui brouille nos repères visuels ordinaires, une forme vibrante, une peau fragile et instable, esquisse des mutations du monde.
Cette attention particulière portée aux empreintes matérielles et idéologiques se prolonge aussi dans l’espace public, souvent lieu d’une organisation silencieuse du pouvoir. Là, les œuvres deviennent projets, et, qu’elles soient liées à l’espace urbain ou rural, révèlent comment l’urbanisme inscrit rapports de force et hiérarchies sociales dans le quotidien. Et que le médium soit la réalisation de la maquette d’un bâtiment à l’abandon ou d’un film dénonçant un projet de carrière dans un paysage préservé, c’est la « mise à l’échelle » du contexte et de ses réalités qui opère. Un processus souvent long, qui s’accompagne de complicités, emprunte différents chemins, et s’attache toujours à rendre visible le réel avec justesse et poésie.
Le travail de Hassan Darsi est une œuvre en mouvement, interdépendante de processus qu’il laisse parfois volontairement lui échapper. Il aime à brouiller les pistes même de ses intentions, à se détacher du sujet, pour mieux s’en approcher. Ses œuvres nous invitent à habiter des zones intermédiaires, d’incertitudes, où les traces ne sont pas de simples vestiges, mais des forces actives, capables de rendre lisibles les tensions profondes de notre époque.
De Reims à Mulhouse ces Persistances tissent un fil sensible entre les différents travaux de l’artiste et se déploient dans un rapport attentif à sa démarche artistique.
Florence Renault-Darsi (février 2026)
[1] - Concept empruntée par le philosophe Martin Heidegger à un vers du poète allemand Friedrich Hölderlin : en allemand : « ...dichterisch wohnet der Mensch auf dieser Erde » (poétiquement habite l’homme sur cette terre), issu du poème « In lieblicher Bläue » (En bleu adorable).




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